A propos d’Eric Laurrent
Articles de “Sud Ouest” à propos d’Eric Laurrent
“Sud Ouest” du 12 mars 1998
Eric
Laurrent : liquider le roman
Il s’habille un peu comme
il écrit : avec un mélange et de désinvolture affectée. Eric Laurrent était mardi l’invité du
Trianon-Jean Vigo. Il y a présenté « Beau Fixe sur New York » :
une comédie musicale de 1955, la dernière du couple Stanley Danen - Gene Kelly.
Une oeuvre qui sonne le crépuscule du genre, oú la danse enjouée cède à une
discrète mélancolie, oú perce déjà la critique de cet hédonisme cynique qu’on
n’appelait pas encore la « société du spectacle ».
Tout ce qu’aime ce jeune
auteur de 31 ans : ce formalisme un peu désuet, à la fois rigoureux et
ludique, de ceux qui connaissent la musique tout en dénonçant la partition.
Mais sa vocation à lui est d’ordre littéraire. Elle lui est venue très tôt,
bien avant de s’y mettre vraiment, au moment de son adolescence auvergnate. A
28 ans, il achève son premier roman, et le porte directement aux Editions de
Minuit : « J’étais un grand lecteur de Beckett et des auteurs du
nouveau roman : Pinget, Simon et les autres. Je sentais qu’il y avait là
un esprit de confrérie, de famille. »
Petit miracle, la famille a
reconnu son fils. Le lendemain, Minuit sonnait à sa porte et très vite
« Coup de Foudre » s’attirait un succès critique, le prix Fénéon et
celui de la Fondation Hachette. En trois ouvrages, il devient le plus jeune
représentant d’une génération littéraire (dans laquelle on pourrait ranger Jean
Echenoz, Christian Oster, Jean-Philippe Toussaint) éditée dans la collection
bleu et blanche. « Ce qui fait l’unité de ce groupe, c’est son souci
d’interroger la forme. Ça paraît un lieu commun, mais il y a tellement de gens
qui s’en foutent. »
Cette volonté d’ausculter
l’espace des possibles, on la retrouve dans son dernier ouvrage,
« Liquider ». La narration de cette élégante parodie de roman noir se
dilue dans multiplication des voix et des modes, métaphores elliptiques,
digressions sauvages et autres ruptures de niveau. Son style emprunte aux
recherches formelles des auteurs cités plus haut, mais aussi au cinéma, usant d’un
sens particulier du cadrage, du travelling, fondu-enchaînés, plan séquences…
Ajoutons une prédilection plus personnelle pour l’image décalée et le mot
rare : « J’essaie de jouer sur l’effet de surprise, dérouter le
lecteur, lui dire à chaque phrase : attention, c’est de la pure
représentation. »
Les romans contemporains
lui tombent des mains. Il s’essaie à casser le genre. Pour mettre quoi à la
place ? Difficile de se débarrasser d’une forme qu’on hait et qu’on adore
à la fois. Surtout si on vous avoue, cinq minutes plus tard, qu’« Un jour,
j’écrirai un grand roman. » Un grand quoi ?
SERGE
LATAPY
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“Sud Ouest” du 19 décembre 1995
CRITIQUE
Le prix Fénéon de
littérature
« Coup de
foudre » raconte les malheurs d’un jeune employé de bureau dont toute la
vie se détraque. Par bonheur, c’est le printemps et donc la saison des amours…
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