A propos d’Eric Faye
Articles parus dans “Sud Ouest”, à propos d’Eric Faye :
“Sud Ouest” du 20 décembre 2007
Ça
tourne au sous-sol de la fac de lettres
La Rochelle
CINÉMA.
Le Poitevin Jean-François
Fontanel réalise un court-métrage de Paris à Rochefort et La Rochelle
C’est dans la boîte. Le
réalisateur Jean-François Fontanel a terminé lundi dernier les rushs de son
nouveau court-métrage, Le bureau des jours perdus . Tourné en partie à La
Rochelle et à Rochefort, ce film, adapté d’une nouvelle d’ Eric Faye , raconte l’histoire d’un homme
découvrant l’existence d’une société qui lui propose de visionner, par
l’intermédiaire de caméras de surveillance, les derniers instants d’une
histoire d’amour dont il n’a jamais fait le deuil.
L’équipe de tournage était
venue faire un premier repérage il y a quelques mois. Nous cherchions plusieurs
lieux pour servir de décors aux principales scènes du film , explique Alexandre
Charlet, de la maison de production les films du Cygne.
La pièce principale, la
salle de visionnage des vidéos, devait être un endroit austère, assez bétonné,
et avec une bonne hauteur de plafond. Après avoir visité de nombreux bâtiments
du quartier des Minimes, c’est finalement le sous-sol de la faculté de lettres
qui a été retenu. Nous avons pu travailler comme en studio. La base murale
était intéressante, puis nous avons installé un décor futuriste, avec de la
moquette, des panneaux, des pupitres. Cette décoration a nécessité quinze jours
de travail, et le personnel de la faculté nous a réservé un accueil
sympathique. Plus facilement identifiable, d’autres sites ont été choisis pour
tourner des scènes extérieures : Nous avons fait des plans dans les bus de
la ville, et nous avons également eu besoin de la médiathèque, pour y installer
le bureau du personnage principal. Nous avons beaucoup travaillé avec des
techniciens et des acteurs locaux. L’association rochelaise Coulisse a organisé
deux ou trois séances de casting. On retrouve dans le film une quinzaine de
seconds rôles tenus par des acteurs locaux, entre les employés de la salle de
visionnage, les vigiles, les autres clientsà
Le réalisateur
Jean-François Fontanel n’en était pas à son coup d’essai avec ce court-métrage.
Ce Poitevin de 32 ans a cependant reçu une aide financière du département et de
la région. Après un travail de réécriture, il a envoyé son scénario à
Poitou-Charentes Cinéma, puis a obtenu du Conseil général une aide à la
production de son film.
Arnauld
Bernard
_____________________________________________
“Sud Ouest” du 30 mars 2000
« La
vie est fantastique »
RENCONTRES LITTÉRAIRES
Eric Faye , romancier nouvelliste, était à
Auch
hier soir. Il a rencontré
son lectorat
et lui a expliqué sa
conception de la vie
« La littérature est
pour moi, une façon de communiquer des émotions, de rencontrer des personnes
au-delà des circonstances habituelles » expliquait hier soir Eric Faye , au public
auscitain venu participer au café-littéraire au Corto Maltese, initié par le
Centre régional des lettres. C’est avec beaucoup de sincérité que l’écrivain a
expliqué sa conception de la vie qui s’apparente fort à celle de ses ouvrages.
« Je trouve la vie en
soi fantastique ! Le hasard pose des panneaux de signalisation à des
moments clés de notre vie qui orientent notre destin. Dans mon travail, j’explore
ces zones d’ombre, le basculement d’une frontière connue vers un ailleurs qui
est inconnu » explique Eric
Faye en faisant référence au « Mystère des trois
frontières ».
La littérature est pour cet
homme des « dépêches », synonyme de lenteur. Il travaille en effet
dans une agence de presse parisienne et rédige au quotidien des dépêches basées
sur des faits précis. Donc, pas de place à l’imagination. Il s’exprime alors, à
ses heures perdues, en prenant le temps nécessaire « pour faire vieillir
son écriture comme du bon vin ». Il avoue avoir mis plus de trois ans pour
concevoir son dernier recueil de nouvelles « Lumières fossiles ».
LE MYTHE DU BANAL
Peu d’écrivains se risquent
à écrire du fantastique, de l’absurde et de l’onirique. A un moment précis du
texte, qui prend racine dans la réalité, le lecteur pénètre dans un monde
fantastique, fruit de l’imagination d’ Eric Faye . Dans son dernier recueil, il
explore le thème de la disparition. Sa source d’inspiration est bien réelle. Il
est parti d’un fait divers qui l’a étrangement marqué.
« J’ai lu dans la
presse l’histoire d’une femme qui avait disparu sans laisser de traces. Elle
était originaire de la même ville que moi, et c’est peut être cela qui a créé
en moi l’étincelle. Cette femme de 27 ans ne présentait pas les
caractéristiques du prototype du disparu. C’était une personne banale. »
« Et la
“banalité” éveille en moi de la fascination et de l’envoûtement. Je
suis parti de cet ancrage dans le réel pour imaginer un scénario et créer le
mythe d’une personne, qui a eu le courage de refaire sa vie ailleurs et
d’exploiter la “zone libre de la vie” » précise l’auteur.
Cette rencontre littéraire
a permis à de nombreux Auscitains de transpercer l’âme d’ Eric Faye , qui s’est vu de nombreuses fois
récompensé (1), et de découvrir ses derniers écrits qui ne manquent pas,
une fois de plus d’imagination et de lyrisme.
(1)._ Il a obtenu le Prix
des Deux Magots en 1998 pour « Je suis le gardien du phare »,
ouvrage qui l’a révélé au grand public.
___________________________________________________
“Sud Ouest” du 12 octobre 1998
Eric
Faye récompensé
PRIX LITTÉRAIRE
Une espèce de mur de Berlin
érigé en plein Paris, de part et d’autre duquel se regardent, comme en chiens
de faïence, les idéologies dominantes et antagonistes, à la fin de la guerre
froide… Ainsi peut-on résumer, d’une phrase, l’argument de
« Parij », le livre d’ Eric
Faye , sorti aux Editions du Serpent à plume, lauréat du prix du
deuxième roman, conjointement attribué par le Conseil général de la Gironde et
notre confrère « le Courrier français ».
L’auteur étant empêché,
c’est le représentant de son éditeur, André Gabastou, qui est allé, hier
après-midi, au stand du Conseil général, au-devant des partenaires officiels
représentés en l’occurrence par Martine Faure, vice-présidente du Conseil général
de la Gironde, déléguée à l’action culturelle, et Bernard Cattanéo, directeur
du « Courrier français ». On ne sera pas surpris d’apprendre que la
consistance du prix attribué à Eric
Faye faisant la part belle au tourisme de quintessence
culturelle en Gironde, le lauréat est invité à pérégriner non seulement sur les
sites viticoles, notamment à Saint-Emilion, mais aussi du côté de chez
Montesquieu (La Brède) et de chez François Mauriac (Malagar).
_______________________________________________
“Sud Ouest” du 19 février 1998
Aux
frontières du réalisme
LIVRES
Eric Faye , jeune auteur de 35 ans,
renoue avec le genre délaissé
du récit fantastique
Ce jeune auteur, née en
1963 dans le Limousin, s’est fait remarquer en publiant une série de nouvelles
et de romans courts qui réexplorent un genre quelque peu tombé en désuétude, du
moins dans l’Hexagone. La production d’ Eric Faye , en effet, tranche autant avec le
fantastique débridé de la maintenant très respectable science-fiction, qu’avec
le réalisme radical ou le minimalisme subjectif qui font les tendances
littéraires du moment.
Après « le Général Solitude
», « Parij » et « Je suis le gardien du phare », il vient d’éditer son
quatrième recueil : « le Mystère des trois frontières » (Editions le
Serpent à plumes). Il y expose un style qui réhabilite le récit et rappelle, à
dessein, ceux qui firent la grandeur du genre. Les thèmes, les constructions
étudiées évoquent tour à tour les fictions métaphysiques d’un Borgès,
l’onirisme tourmenté de Poe ou de Maupassant, les fables modernes de Buzzati.
Sans trancher dans le vif entre réel et merveilleux, mais en mêlant habilement
les frontières, il sait convoquer aussi une mythologie plus personnelle, oú des
forces telluriques, des divinités antiques oubliées opposent leur part de
mystère à une humanité fatiguée.
« SUD-OUEST ». _
Que faisiez-vous avant d’être écrivain ?
ERIC FAYE . _ J’étais et je suis toujours,
depuis une dizaine d’années, journaliste à l’agence Reuter à Paris. J’essaie de
mener ces deux activités de front, même si je leur reconnais assez peu de
points communs. Quand j’ai commencé à vouloir écrire, je me suis aperçu que
j’avais énormément de travail à faire pour retrouver une phrase, une musique
qui me soit personnelle. L’écriture journalistique _ surtout en agence de
presse _ est quelque chose de stylistiquement aride, qui déconstruit tout
ce qu’on a pu acquérir. Il y a eu une adaptation féroce à faire. Mais c’est
précisément cette aridité qui m’a poussé à écrire pour moi-même des fictions
dans lesquelles je créais des mondes à ma façon, avec ma propre chronologie, ma
mythologie…
« S-O- ». _ En
choisissant le fantastique, avez-vous l’impression de vous démarquer de votre
génération littéraire ?
E. F. _ Je ne sais pas si
je suis à proprement parler un auteur fantastique. Je me situerais plutôt à la
frontière des genres. Disons que j’en use comme d’une trappe ouverte dans la
réalité, pour l’expliquer d’une façon différente. En France, je n’ai pas
l’impression d’être dans la mouvance générale, ce qui au fond me fait plaisir.
Je n’ai pas de comptes immédiats à régler avec la réalité, je n’ai pas à me
soulager. Je n’ai pas envie de retrouver dans l’écrit ma vie, mes angoisses,
mes phobies : j’en ai assez comme ça. Simplement, j’ai envie de rêver, de
m’échapper, de m’amuser. Et si ce plaisir peut être communiqué, alors c’est
merveilleux. Cela dit, il pourra m’arriver sur un point de m’engager, d’être
tenté d’apporter ma petite pierre à la barricade. Je retrouverai peut-être
alors des recettes plus classiques.
« S-O ». _ On repère
pourtant dans vos récits des influences classiques. Etes-vous attaché à une
forme particulière ?
E. F. _ Le XIXe siècle
fut une des grandes époques du récit fantastique, notamment chez les
Anglo-saxons : Edgar Poe, Stevenson. Ils restent incontournables. J’ai
aussi beaucoup apprécié Borges ou Calvino, tout en essayant de prendre mes
distances. Mon dernier recueil nécessitait de se replonger dans un univers de
conte, demandait de faire jouer certains codes traditionnels, quitte à s’en
démarquer après. Beaucoup des romans de ces auteurs commencent très
classiquement, pour basculer par la suite, et c’est aussi ce que j’essaie de
faire. On prend le lecteur par la main, on lui montre un cadre réaliste, un
terrain très familier. Ensuite, on va tenter d’ouvrir des trappes sous ses
pieds. Cela dit, je pense que mon avant-dernier roman avait un ton très
différent : narration au présent, oralité, dilution du dialogue dans le
récit. Je pense que chaque histoire, chaque idée commande un style différent.
Ce n’est pas facile de sortir de soi-même, mais c’est ce qui m’amuse :
essayer de changer d’écriture selon les besoins du récit.
Propos
recueillis par SERGE LATAPY
___________________________________________
















Laisser un commentaire