Strangulation

Jean
regardait s’effectuer les départs, l’appareillage des chalutiers, des cargos,
des paquebots dont il suivait la course jusqu’à leur disparition dans l’anse,
aux confins des quais, en direction du nord-ouest et de l’estuaire. Il se
doutait d’un temps plus intense, qui s’ouvrait au-delà des passes. La
répétition des exils aperçus lui désigna bientôt la carence de sa
position ; il lui sembla que son adolescence ne faisait que poursuivre, en
d’autres refuges, les restrictions protégées de son enfance. Par contraste et à
contre-jour, il enviait le sort des marins qui allaient, eux, se frotter aux
vents incertains, qui savaient se défaire froidement des attaches, qui
embarquaient vers des contrées audacieuses et laissaient la Gironde derrière
eux retomber dans sa léthargie confuse.
Jamais il ne s’embarqua.
Sources : Gallimard
Mathieu Larnaudie
Après des études de lettres
et de philosophie, il se consacre à la littérature et à l’écriture de fictions.
Il publie tout d’abord, alors qu’il est encore étudiant, Habitations
simultanées.Depuis 2004, il codirige les éditions et la revue Inculte.
Son travail interroge les genres et la variété des langages pouvant être
utilisés dans une œuvre littéraire. C’est en ce sens que ses livres semblent
hétérogènes, provenir d’auteurs différents, comme le note Arno Bertina dans sa
postface à Pôle de résidence momentanée.
(source : wikipedia)















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